Féminin sacré, Femmes sacrées, Femmes* sacrées : de l’importance de la nomination de toutes choses.

Mes blessures de femme

Si tu as lu mon à propos (si non, tu peux le faire en cliquant ici), tu sais que depuis quelques années je suis dans une démarche de vivre ma joie authentique, de me reconnecter à moi, à mon corps, à mes émotions, à ma sensualité et à mon intuition. Pour cela, j’ai consulté brièvement plusieurs psychologues au cours de mes années d’études (en psychologie) et depuis deux ans, je suis une psychothérapie régulière. Plus ponctuellement, j’ai aussi été accompagnée par d’autres thérapeutes (praticienne énergéticienne, coache) et par des groupes (cercles de femmes, auxquels je me forme actuellement). Dans ce sens également et parce que je suis curieuse de connaître et d’apprendre plein de choses, je teste régulièrement différents types d’ateliers : danse libre, soins sonores aux bols tibétains, méditations en ligne, étirements des fascias, Yin yoga, yoga aérien, Kundalini yoga (que je pratique aujourd’hui régulièrement, pour en savoir plus, cliques ici), etc. Et pour compléter tout cela, je me renseigne et je m’éduque en lisant des livres et des articles, en écoutant des podcasts et des émissions de radio, en suivant certaines personnes sur les réseaux sociaux, etc.

Mon engagement militant féministe m’avait déjà amené à comprendre depuis de nombreuses années que les femmes partout dans le monde sont victimes d’inégalités, d’injustices et de violences puisque nous grandissons et évoluons dans un système patriarcal et donc un système de domination des hommes sur les femmes. Nous faisons face à des injonctions paradoxales en tout genre et à de multiples violences : sexistes, sexuelles, physiques, psychologiques, administratives, économiques, lesbophobie, biphobie, transphobie, etc.

En parallèle, cette reconnexion à moi-même en authenticité et à mon corps m’a aussi amené à comprendre qu’une majorité de mes blessures et de mes difficultés personnelles sont directement liées au fait que je suis une femme. Par ailleurs, dans mon travail en tant que psychologue, je reçois principalement des femmes en proie pour beaucoup d’entre elles à des blessures similaires (même si, évidemment, chaque histoire est unique).

Au fil de ces découvertes en lien avec mon évolution personnelle, mon boulot, mon engagement féministe et par envie de guérir mes/nos blessures de femmes par, pour et entre femmes ; je me suis rapprochée mais aussi questionnée sur les concepts aujourd’hui très médiatisés de féminin sacré et d’énergie féminine.

Energies féminine & masculine : retrouver l’équilibre

Dans le Taoïsme chinois, on parle de yin et de yang qui sont définis comme deux aspects opposés et complémentaires de tout ce qui existe. Le yin – qui signifie le côté ombragé de la montagne – correspondrait à la terre, à la lune, à l’ombre, au froid, à l’eau, à l’humidité, à la passivité et à la féminité ; tandis que le yang – qui signifie le côté ensoleillé de la montagne – correspondrait au soleil, à la lumière, à la chaleur, à la sécheresse, à l’activité et à la masculinité. Selon cette même philosophie, l’alternance et l’interaction permanentes du yin et du yang produisent la vie et forment le grand principe de l’Ordre universel ou Tao. Yin et yang, lorsqu’ils sont unis, sont représentés par le symbole très connu appelé yin-yang. Conformément au symbolisme de la lumière et de l’ombre, la partie claire de la figure est yang et sa partie obscure est yin. Les points centraux, obscur dans la partie claire et clair dans la partie obscure, rappellent que le yang et le yin ne sont jamais l’un sans l’autre (source : CNTRL).

Plus généralement, en spiritualité, on parle de pôles féminin et masculin ou d’énergies féminine et masculine. Celles-ci ne seraient pas le propre d’un genre mais des polarités présentes en chacun·e de nous et indissociables puisque n’existant pas l’une sans l’autre. Chaque partie se manifesterait en nous à chaque instant de nos vies selon des proportions différentes qui ne sont pas toujours équilibrées.

Néanmoins, aujourd’hui, le système capitaliste et patriarcal valorise ce qu’on appellerait donc l’énergie masculine, l’attribue aux hommes cis hétérosexuels (1), et autorise et valide son expression (rationalité, productivité, faire, se tourner vers l’extérieur, etc.). Au contraire, ce même système déprécie ce qu’on appellerait l’énergie féminine, l’attribue aux femmes cis hétérosexuelles et, bien souvent, aux personnes LGBTQIA+ (2), et réprime et invalide son expression (émotivité, passivité, être, se tourner vers l’intérieur, etc.). Dans cette logique, l’énergie féminine serait donc apparentée à un défaut et faire quelque chose « comme une femme » serait une faiblesse. Notons par ailleurs, que la société occidentale actuelle fonctionne selon un système binaire qui ne reconnaît que deux genres : femme et homme.

(1) personne cisgenre = personne dont le genre correspond à celui qui lui a été assigné à la naissance (emploi : femme cis, homme cis)

(2) LGBTQIA+ = lesbienne, gay, bi, trans, queer, intersexe, asexuel, tous·tes les autres dont les personnes non binaires, intersexes, pansexuelles, etc.

Qu’est-ce que le féminin sacré ?

Depuis quelques temps, le concept de féminin sacré se développe de plus en plus, en parallèle de la prise d’ampleur et de la médiatisation du mouvement féministe de la dite quatrième vague. De nombreux livres sont édités sur le sujet.

Les auteur·trice·s y expliquent que le féminin sacré consiste à explorer sa part de féminin réprimée par l’éducation et l’Histoire. Comme l’écrit Camille Sfez dans son ouvrage La puissance du féminin, à l’origine de l’humanité le sacré était féminin. Nos ancêtres auraient associé le rythme des saisons et l’abondance nourricière de la Terre à la femme et à son pouvoir de création. Des statuettes et des peintures retrouvées sur des sites archéologiques penchent pour l’existence d’une Déesse Mère comme une première représentation du divin. Ce culte de la fécondité de la nature et de la femme aurait duré de 25 000 av. J.-C. à 6000 av. J.-C. (si ce sujet t’intéresse, je te renvoie ici pour plus d’infos et de biblio). Selon ces hypothèses émises sur les périodes paléo et néolithique, la place des femmes n’aurait pas toujours été celle des dominées, des soumises ou des tentatrices comme l’Histoire peut nous l’apprendre.

Ainsi, le féminin sacré invite les femmes à apprivoiser leur potentiel spirituel, à retrouver leur puissance en s’exprimant librement et en se découvrant de façon authentique, sans qu’on leur dicte des choix. Il les invite également à renouer avec leur corps, leur part sauvage et cyclique, leurs menstruations, leur sexualité et certains éléments féminins comme la lune. Les auteur·trice·s précisent cependant que ce domaine n’est pas réservé qu’aux femmes et qu’en tant qu’homme, il serait tout aussi utile d’équilibrer ce pôle féminin et de faire la paix avec cette part de soi.

En pratique, le féminin sacré n’est pas régi par des règles à suivre ni des injonctions car son but est d’accompagner avec bienveillance à la (re)connexion à soi et à s’exprimer en tant qu’être unique. On retrouve néanmoins quelques grands principes : le côté sacré du cycle menstruel, la connexion à son ventre-sexe (l’utérus), le lien avec la lune, la ritualisation, les cercles de femmes, etc.

Invisibilisation des personnes trans, non binaires et intersexes

Moi, Célia (enchantée !), suis une femme cis, c’est-à-dire, je le rappelle, que je m’identifie au genre qui m’a été assigné à la naissance en fonction de mon appareil génital externe = ma vulve. De plus, je possède un utérus. Du coup, en ce qui me concerne, lorsque je lis des ouvrages sur le féminin sacré ou que je participe à des cercles de femmes, je m’identifie facilement, je suis représentée et je peux appliquer aisément les rituels qu’on me conseille. Vois-tu où je veux en venir ?

Selon moi, il existe une limite importante à mettre en lumière dans cette définition du féminin sacré et surtout dans sa pratique actuellement la plus répandue. En effet, celles-ci ont tendance à essentialiser les femmes en les réduisant à des organes génitaux et elles invisibilisent de fait les personnes trans, non binaires et intersexes. Le féminin sacré parle surtout de « la » femme et non pas « des » femmes et de toutes les manières qui existent d’être des femmes en proposant des pratiques parfois impossibles à mettre en place pour certain·e·s. En effet, parmi les personnes pouvant s’intéresser aux principes du féminin sacré, tous·tes n’ont pas de menstruations ni ne possèdent un utérus. Pour celleux pour qui c’est le cas, tous·tes n’ont pas envie de se plonger dans les tréfonds de celui-ci ni de s’y (re)connecter. Et par ailleurs, tous·tes les personnes qui possèdent un utérus et/ou ont leurs menstruations ne se sont pas des femmes. Malgré les bonnes intentions sous-jacentes au concept de féminin sacré, celui-ci peut malheureusement être à l’origine de nouvelles injonctions qui, plutôt que d’émanciper les femmes, participeraient à les enfermer dans d’autres schémas stéréotypés, frustrants voire oppressants.   

De l’importance des mots et de ce qu’ils véhiculent

Selon Stéphanie Lafranque, autrice du livre Gardiennes de la Lune, « grâce aux cycles lunaires, il est possible de se connecter à ces énergies sans pour autant avoir ses règles – se sentir femme dépasse en effet le fait d’avoir un utérus, mais en avoir un ne réduit pas la femme à n’être que cela ». Elle ajoute que le féminin sacré permet « de se sentir plus libre en se désengageant des injonctions extérieures imposées le plus souvent par les valeurs patriarcales de notre société ».

Pour ma part, je vois dans ce concept émergeant des principes très intéressants de (re)connexion, de connaissance, d’acceptation et d’affirmation de soi qui répondent notamment à des besoins de changement et d’opposition à la domination patriarcale. Cependant, nous avons tous·tes encore à déconstruire grands nombres de préjugés, de croyances, de stéréotypes conscients ou inconscients que nous avons intériorisés du fait de grandir et de vivre dans ce monde – certain·e·s ayant plus de travail à faire dans ce sens que d’autres, si je peux me permettre – et les mots que nous choisissons ont un poids et des conséquences. Le rapport au corps et la liberté d’être qui nous sommes authentiquement sont très importants et méritent largement d’être mis en avant, mais le fait de lier cela au féminin et au masculin peut aussi participer à l’enfermement dans les stéréotypes de genre et à l’invisibilisation et l’oppression des minorités de genre. Ainsi, je crois qu’il est de la responsabilité de chacun·e de participer à cette déconstruction, de porter une grande attention aux choix des mots et donc des concepts, des idées, des valeurs, etc. qu’ils véhiculent et de changer de tactique afin de permettre à tous·tes d’avoir accès justement à ces découvertes qui peuvent potentiellement nous permettre de vivre notre joie authentique.

En conclusion

Tu l’auras peut-être compris, mon souhait est donc bien de parler de ces thèmes véhiculés aujourd’hui sous l’appellation de féminin sacré mais en les questionnant puis en les adaptant et en les rendant au maximum accessibles à tous·tes. Ainsi, je me suis longuement posé la question de quel titre donner à cette section du blog. Garder les termes de “féminin sacré” ou en utiliser d’autres pour me détacher des limites que j’ai décrites plus haut ?

La forme d’expression narrative de ce blog me pousse à choisir une dénomination pour plus de lisibilité et de confort, à la fois pour le nom de la section mais aussi pour m’exprimer dans mes articles. Dans une volonté de me positionner pour un féminisme inclusif et comme alliée des minorités de genre (entre autres), il me tient à cœur d’expliquer pourquoi – après un long débat avec moi-même et avec des personnes plus concerné·e·s et plus légitimes que moi – j’ai finalement opté pour un terme plutôt qu’un autre.

Aujourd’hui, dans les milieux militants, différentes options sont utilisées pour parler des femmes : fxmmes, femme.x.s, femmes*. Cette écriture permettrait de visibiliser tous·tes les femmes en incluant les minorités de genre, de race, de classe et en renvoyant à leur diversité : cis, trans, non binaires, intersexes, hétéro, bi, homo, pan ou asexuel·le·s, handicapé·e·s, précaires, racisé·e·s, travailleur·se·s du sexe, etc.

Mais ces utilisations peuvent aussi heurter. En effet, utiliser le “x” ou l’astérisque implique que l’on souhaite inclure ces minorités qui ne correspondent pas à la féminité idéale définie par le patriarcat. Ainsi, des personnes peuvent se sentir encore plus exclu·e·s parce qu’on les distingue une fois de plus de la norme et on reproduit alors un schéma oppressif.

En ce qui me concerne, je crois que les termes “femmes” ou “féminin” devraient se suffire à eux-mêmes pour exprimer cette diversité mais force est de constater amèrement que pour la société – et pour beaucoup d’individus qui la composent – le constat n’est pas le même. L’image qu’ils renvoient est malheureusement souvent celle que le patriarcat attend des femmes selon ses injonctions physiques et comportementales.

Finalement, après avoir fait le tri dans toutes ces réflexions et pour rester en authenticité avec mes propres ressentis, j’ai choisi d’utiliser les termes “Femmes sacrées”. Dans ce blog – et notamment dans cette section – mon intention sincère est de m’adresser à tous·tes les personnes qui se définissent comme étant des femmes et qui se reconnaissent dans ce terme, sans chercher non plus à l’imposer. Au-delà du vécu idéalisé de « la » femme, il existe une multiplicité de vécus de femmes et tous sont légitimes. Et, si l’inclusivité passe selon moi par la nomination de toutes choses, je suis consciente que celle-ci ne permet pas pour autant de mettre dans le même sac la diversité des vécus de chacun·e.

Je tiens aussi à préciser que ma volonté d’inclusion et de visibilisation de la diversité du féminin vient d’une envie de proposer aux femmes des espaces – à travers ce blog et les ateliers que je propose – qui leur permettent de s’identifier, de se sentir en sécurité et d’être ce qu’elles sont pleinement et authentiquement.

Enfin, en faisant ce choix tout en en expliquant la démarche, j’espère apporter ma contribution au fait que nous n’ayons plus besoin d’un “x” ou d’un astérisque pour évoquer cette diversité.

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